Wednesday, September 26, 2018

Cameroun: Le bilan économique de Paul Biya divise

Après 36 ans de règne sans partage, le président Paul Biya compte succéder à lui-même pour un septième mandat de 7 ans à la tête du Cameroun. Pourtant, son régime est critiqué pour ses performances économiques.

“Le Cameroun, comme la plupart des pays, a évolué dans un contexte encore fortement marqué par la crise économique et financière mondiale. Les recettes fiscales et douanières ont diminué. Et l´emploi en a souffert. Comme il était prévisible, les investissements en provenance de l´extérieur ont été différés, et le crédit s´est resserré. Au total, notre économie a fléchi, c´est vrai. Mais elle n´a pas été ébranlée dans ses fondations.”

Ainsi s´exprimait le président camerounais, au lendemain de sa réélection en 2011 dans une adresse à la nation, faisant allusion à la crise économique et financière mondiale en 2008. Paul Biya a annoncé ensuite que le Cameroun sera un vaste chantier à partir de 2012. Il a fait comprendre que son précédent programme passera des grandes ambitions aux grandes réalisations économiques lors du septennat 2011 – 2018.

De grandes ambitions à de mauvaises réalisations

D´un nouveau pont sur le fleuve Wouri à Douala, en passant par la construction d´un nouveau marché dit moderne à Bertoua et le lancement de l´autoroute Douala-Yaoundé, la construction de nouveaux barrages hydroélectriques fait partie de ces nouvelles réalisations du président camerounais.

Pour autant, ces réalisations sont loin de faire l´unanimité. Célestin Njamen, conseiller municipal à Douala 1er, est très critique : “On dit qu´on a construit des barrages : Lom Pangar, Mekin, Memve´ele pour résorber le déficit en énergie électrique. Mais dans la vie des Camerounais de tous les jours, ce sont les délestages. Il n´y a pas de lumière, partout, dans tous les villages. A quoi servent ces grands barrages s´il n´y a pas d´effet sur les populations aujourd´hui. Ça a démarré en 2004, nous sommes en 2018, où sont les résultats ? Rien. On construit les éléphants blancs, on n´a pas de rapport, on n´a pas de bilan, on n´a pas les effets positifs sur les populations.”

Célestin Njamen est conforté dans sa critique par l´homme qui fut directeur financier et comptable de la Société nationale d´électricité du Cameroun pendant huit ans, Garga Haman Adji lui-même candidat à l´élection présidentielle pour la troisième fois cette année.

“C´est nous qui avons construit le barrage de Song-Loulou. Nous avions réparé le barrage de Nachtigal. C´est notre prochain projet. Et c´est sur le même fleuve, Lom Pangar où il y a un barrage. Il ne produit pas l´électricité mais c´est pour garder l´eau pour qu´en période d´étiage, en saison sèche, on lâche l´eau là-bas pour que le débit soit le même. Nachtigal était prioritaire mais on l´a laissé, on est allé construire Memve´ele, Mekin, de petits barrages dans le Sud, dans le Nja-et-Lobo. Pourquoi ? Ce n´est pas pour de l´électricité. On dit qu´on a dédommagé les habitants, il faut payer des indemnisations : voilà l´objet du changement de notre programme.”

Les deux responsables politiques soutiennent ainsi que Paul Biya est passé des grandes ambitions à de mauvaises réalisations. Célestin Njamen martèle : “Pareil, il a construit un port en eau profonde dans un village à Kribi alors même qu´il suffisait de désengorger celui de Douala puisque Douala fait au minimum 4 millions d´habitants, parce qu´un port, c´est là où il y a du marché, ou bien même Limbe qui est proche de Douala parce qu´on a un grand voisin qui est le Nigéria, il va plutôt dans le Sud construire un port en eau profonde qui n´est même pas opérationnel depuis des années.”

Pour ce cadre du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, le régime de Paul Biya n´a jamais connu la croissance économique escomptée en trente-six ans de règne : “Premier pays d´Afrique subsaharienne, le Cameroun crée sa première compagnie aérienne en 1971, premier pays d´Afrique noire à avoir sa flotte maritime, la Camship, liquidées par le pouvoir. On est le premier pays à avoir ce qu´on appelle les logements sociaux : la Sic, créée sous Ahidjo, on l´a liquidé. On avait des Fonds d´investissements ruraux comme le Fogape, le Fonader, liquidés. On avait la Regifercam qui avait 224 wagons, donnée à Bolloré. Bolloré prend la Regifercam, ce qu´on appelle Camrail aujourd´hui, sans rien investir.”

La crise anglophone et ses conséquences

Pire, la crise sécuritaire est arrivée pour aggraver la crise économique ces dernières années. Aux assauts des rebelles centrafricains dans l´est du Cameroun, se sont ajoutées les attaques de Boko Haram dans l´extrême nord. Et depuis fin 2016, des revendications anglophones ont été récupérées par des mouvements sécessionnistes, plongeant l´activité économique du nord-ouest et du sud-ouest du Cameroun dans le chaos.

Cette situation a mis au chômage des milliers de personne et fait perdre beaucoup d´argent à la Cameroon Development Corporation (CDC) dont le directeur général, Franklin Njie fait ici l´état des lieux sur les trois derniers mois : “Le coût estimé de perte des produits bruts est 10 milliards de francs cfa, regroupant l´huile de palme et la banane, de mai au 25 août.”

Cette crise sécuritaire et économique alarme l´ancien maire de Njombe-Penja, Paul Eric Kingue, passé à l´opposition après huit ans de prison : “Le Cameroun est complètement instable. Nous sommes dans des vagues complètement incertaines maintenant. Ce n´est plus un pays où quelqu´un peut prendre le risque de venir mettre de l´argent maintenant. Aucun homme sensé au monde ne peut venir faire des investissements ici, pour deux raisons au moins. La première raison c´est que le président a 86 ans. Donc le premier verrou d´étranglement du Cameroun est l´âge du président de la République au-delà de ce que ses partisans peuvent dire. Maintenant, les différents fronts de guerre ouverts de part et d´autres font du Cameroun un pays qui n´est plus stable.”

En tête en matière de corruption

A ce tableau, s´ajoute le phénomène de la corruption dont le Cameroun a été classé trois fois champion du monde par le passé, selon l´indice de perception de Transparency International. Ce que reconnaît l´ancien maire de Njombe-Penja : “La corruption aujourd´hui chez nous est devenu un véritable cancer, d´ailleurs qui s´est métastasé, parce qu´il n´y a pas un seul endroit où l´on ne trouve pas de corruption au Cameroun.”

Le coût de la vie est devenu trop élevé, argue Célestin Njamen : “Je vois les gens qui me parlent dans la rue. Un kilo de maquereau qui passe de 700 francs à 1400 francs, c´est un problème. Les gens n´ont pas de pouvoir d´achat. Le salaire minimum brut, c´est 36 270 francs. Ça veut dire qu´après retrait de taxes, c´est au trop, 25000 francs, c´est-à-dire qu´il y a un grand mensonge d´Etat. On fabrique des chiffres sur l´économie, mais dans les faits les gens sont dans la misère.”

Le taux de croissance économique du Cameroun est tombé à 3,8% en 2017, selon le FMI. Il pourrait remonter à 4,2% en 2018. Mais il restera loin des 8% de taux de croissance qu´il fallait réaliser depuis 2015 pour pouvoir atteindre l´émergence à l´horizon 2035. L´élection présidentielle du 7 octobre 2018 au Cameroun s´en va se tenir dans un environnement de crise économique et sécuritaire critique.

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